La légende de Yaya (4)
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Tout à coup, ma lampe de poche s’alluma et se mit à remuer toute seule. Je restais interloquée, la bouche ouverte. La lumière décrit un petit cercle puis, en se dandinant, vient se placer sous mon visage.
- Ah! je t’ai déjà vue, tu étais dans la chambre de YAYA, me dit de sa voix aigrelette la petite personne qui m’avait surprise l’autre jour. Et bien, maintenant que tu connais le secret, je dois te garder prisonnière, tant pis pour toi, tant pis pour toi !
J’avais envie de pleurer, mais je dis :
- Quel secret ? Non, je ne sais rien, je ne sais même pas où je suis, je suis perdue.
- Perdue, oui, tu l’es, mais pas dans le sens où tu l’entends, c’est bien pire que tu ne le crois. Allez debout et suis-moi.
- J’ai mal au pied et d’abord, où va-t-on? Je ne peux pas me mettre en retard, ma maman va s'inquiéter.
J’étais bien décidée à ne pas me laisser faire par cette bestiole bien plus petite que moi.
- Tu aurais dû y penser plus tôt ! Si je te laisse maintenant, tu ne pourras pas remonter très vite et le vieil homme va te dévorer en chemin, tu n’as qu’un espoir, c’est me suivre... et encore... dit l'animal en grommelant.
Je pensais au vieillard que j’avais aperçu lors de ma première visite. Alors, lui aussi, l'homme noir, il était cet homme...
La lampe électrique s’éteignit. J‘étais parti sans vérifier la pile qui n’était pas neuve, par contre, mes yeux commençaient à s’habituer à l’obscurité et je parvenais à distinguer devant qui je me trouvais.
Je frémis d’horreur... J’étais assise à côté du plus gros, du plus répugnant rat d’égout qui soit sur et sous terre. D’ailleurs, je n’avais encore jamais vu un rat d’égout de si près et, malgré la situation problématique dans laquelle je me trouvais, j’en profitais pour le dévisager. Dans une fourrure abondante, toute poivre et sel, il avait un fin petit nez mobile qui faisait trémousser sa longue moustache, deux grosses incisives sortaient de sa bouche, ses petites oreilles roses et bien ourlées remuaient sans cesse, ses minuscules pattes griffues avaient des mouvements saccadés et surtout, ses yeux étaient noirs et brillants, ironiques et intelligents, avec une petite lueur rougeâtre au fond... les mêmes yeux que YAYA.
Cela me donna un peu de courage :
- Connais-tu YAYA ? avançais-je.
- AH ! YAYA ! et ses yeux se remplirent d’un rêve indicible. Mais trêve de bavardage, en route, nous avons beaucoup de chemin à faire.
Il avait l’air si autoritaire que je n’osais plus discuter et je le suivis.
Peut-être aurais-je dû emporter des petits cailloux comme le Petit Poucet, car le rat me guida, toujours plus profondément sous terre, dans un dédale de tunnels dont l’aspect et la taille variaient sans cesse. On entendait seulement le bruit mouillé de nos pas, celui du ruisselet, parfois dans le lointain une chute d’eau, et des grondements sourds et inquiétants. De temps à autre, on bifurquait, on pataugeait dans l’eau sale et je traînais ma jambe comme je pouvais. Je pleurnichais silencieusement. J’étais désespérée, je ne reverrais jamais la surface de la terre et ma famille. Pendant un temps qui me sembla infini, le rat trottina devant moi, m’entraînant toujours plus loin, toujours plus profondément. Parfois, il s’arrêtait, reniflait une immondice, lui tournait trois fois autour, puis repartait encore plus frénétique.
Maintenant, nous étions sous une voûte assez large large, le ruisselet avait grossi et ressemblait à une petite rivière, aussi, il n’était plus question de marcher dans l’eau, nous aurions été emportés. Nous suivions un étroit petit trottoir bordé de toiles d'araignées et de stalactites de mousse verdâtre et jonché d'une grande variété de détritus.
Quand, tout à coup, je me retrouvais à genoux, le nez sur le sol suintant, les mains sur les oreilles, grelottant de tous mes membres. Un fracas épouvantable faisait trembler les parois du souterrain, tout vibra, hurla et moi aussi...
Puis, le calme revient et l’on n’entendit plus que les clapotis habituels.
Mon compagnon ricana :
- Nous sommes près du Boulevard Chave, et ce que tu as entendu, c’est le métro qui passe dans un tunnel proche d’ici. Je te préviens, il y en a toutes les cinq minutes !
Puis, il continua son chemin.
Je me relevais en trébuchant et dû allonger mon pas pour le rattraper. Quelques minutes plus tard, le vacarme effroyable revint. J’avais l'impression que tout s'écroulait sur moi, pourtant, j'arrivais à me maîtriser et ne restais paralysée de frousse qu’un bref instant. Le rat ne remarqua rien. Je continuais à le suivre, repérant dans la demi-obscurité son dos luisant, sa démarche ondulante et sa queue serpentine.
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