La légende de Yaya
Je ne devrais pas le dire mais j’aime les rats...
J’aime les rats d’égout,
ces êtres immondes, répugnants,
vivant dans les bas-fonds des villes,
symbole de misère, de maladie, de mort atroce.
Si, dans le temps, vous avez lu
"Le matin des magiciens"*,
vous vous souvenez comme moi
de la dernière phrase du livre, en raccourci...
"Pour aimer, il faut comprendre"...
Et, YAYA me fit comprendre et aimer les rats.
J’avais dix ans et YAYA était la femme de ménage de ma mère.
Comment vous la décrire... Je devrais plutôt la dessiner... Une petite boule (son chignon), sur une boule moyenne (sa tête), sur deux boules imposantes (son torse), sur une énorme boule (le reste de son corps).
Mais, le plus impressionnant dans la physionomie de YAYA, étaient ses yeux, noirs, enfoncés dans les orbites, mais brillants, rusés et qui en disaient long...
YAYA dirigeait tout dans la maison. Elle commandait aux balais, à la cuisinière, au réfrigérateur, aux placards, au linge, sale ou propre, à toute notre vie matérielle. Elle parlait de tout, donnait son avis sur tout et avait un ascendant sur toutes les grandes préoccupations de la famille...
YAYA s’appelait en réalité Maria Pécoraro, veuve Conédéra.
Conédéra, veuve Conédéra... Ce nom résonnait dans ma tête... Connaît des rats... Et oui, j’en étais sûre... Son allure furtive, ses yeux malicieux et fureteurs, sa façon de m’appeler parfois avec tendresse "mon petit raton!"... J’étais intimement persuadée que YAYA devait avoir des relations avec le monde des rats.
Il me fallait éclaircir ce mystère.
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