La légende de Yaya (2)

Publié le par Le monde de Nilumel

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YAYA habitait rue Benoît Mallon, une petite ruelle marseillaise, dans le cinquième arrondissement, pas très loin de chez nous. Cette rue, étroite et sinueuse, était plutôt mal famée, et, bien qu’elle se présentât comme un raccourci sur le chemin de l’école, ma mère me défendait expressément de l’emprunter.
Cette interdiction rendait la vie privée de YAYA encore plus mystérieuse et attirante.
Aussi, un jour, en sortant de l’école, je décidais d’aller rendre visite à YAYA.
Je déviais ma route par la ruelle. Elle était bordée par de hautes maisons sombres, aux fenêtres sinistres d’où pendait parfois un linge douteux. Les pavés luisaient de crasse et un mince filet d’eau serpentait, transportant quelques immondices.
Je marchais rapidement, serrant mon petit cartable contre ma poitrine pour essayer de calmer les battements tumultueux de mon coeur. La rue était déserte, une rencontre m’aurait peut-être dissuadé de cette entreprise...
J’arrivais au numéro 7 de la rue Benoît Mallon. Un grand portail de bois aux planches disjointes était entrouvert. Là aussi, j’y vis un signe du destin: la porte aurait été fermée, peut-être n’aurais-je pas osé...
Je me faufilais dans l’ouverture et me retrouvais dans un cours, bordée de nombreuses petites masures serrées les unes contre les autres, comme pour se rassurer. Moi, je ne l’étais guère et m’apprêtais à faire demi-tour quand un vieil homme s’avança en clopinant, et, me voyant hésitante, me demanda ce que je voulais...
 
Au nom de Maria Pécoraro, il me désigna de sa canne l’une des maisonnettes, la plus petite, la plus sombre. Je ne pouvais plus reculer.
Je gravis trois marches et me trouvais devant une porte-fenêtre. Je tapais aux carreaux de verre, toujours surveillée du coin de l’oeil par le vieillard. Personne ne répondit, je retapais un peu plus fort. L’homme sembla se lasser de m’observer et poursuivit son chemin, en secouant la tête, vers le fond obscur de la cour.
 
J’aurais dû abandonner et rentrer sagement chez moi, alors, tout ce qui va suivre ne me serait jamais arrivé.
Pourtant, je ne sais pas ce qui me poussa, mais, délicatement, je posais la main sur la poignée de la porte et baissais le loquet... et je découvris la demeure de YAYA.
Je n’avais jamais vu ça ! ! ! Tout un appartement contenu dans une minuscule petite pièce ! Au fond, un petit lit, pas plus grand que le mien, à droite une table à manger avec une petite lampe, à gauche un vieil évier où s’empilait un peu de vaisselle, un plafond bas et crasseux, le tout, baigné dans une lumière jaunâtre. J’étais offusquée, comment pouvait-on vivre là-dedans? Ce n’était pas du tout digne de la femme de ménage d’une dame du cinquième arrondissement de Marseille, même ma maison de poupée me semblait plus vaste...
 
Quand tout à coup, j’entendis une voix criarde :
- Mais, qu’est ce que tu fais là, toi ? 
Au pied du lit, dans l’encoignure, se trouvait un drôle de personnage, tout petit, tout sombre, le nez pointu, une longue moustache frémissante et les yeux noirs et brillants avec une curieuse petite lueur rouge qui luisait au fond.
Je poussais un cri, sortis de la pièce, dévalais les marches, faisais trois bonds jusqu’au portail, me faufilais dans la rue, et courrais à perdre haleine jusque chez moi.
Ma mère ne remarqua ni mon retard, ni mon émoi. Je ne parlais à personne de mon aventure, mais... j’y pensais sans cesse. Qu’avais-je vu dans la maisonnette? Peut-être ma peur m’avait-elle trompée, mon imagination m’avait fait voir ce qui n’existait pas. J’observais YAYA avec encore plus d’intensité. J’espérais qu’elle allait, dans ses paroles ou dans ses actes, se trahir, parler d’elle, de sa vie, de sa maison et de la cour. Mais YAYA ne parlait que des affaires de notre famille et jamais d’elle-même et le mystère demeurait absolu...

* * *

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Malek Hamadou 05/03/2011 18:52


J'ai beaucoup aimé, c'est bien raconté, bien écrit, bien décrit. Tout est crédible. Juste une question c'est un garçon ou une fille le narrateur intrépide qui rentre comme ça dans les quartiers mal
famés !


Le monde de Nilumel 06/03/2011 08:34



C'est mon histoire, je suis alors une petite fille de 11 ans, assez maigre et chétive, et cela répond à ton autre commentaire.



SAD 14/04/2009 21:40

ouf!!! va y'avoir une suite!!!

SAD 13/04/2009 15:56

quel suspense... et y'a pas de suite??? c'est la chutte??? ARG... SAD frustrée!!!

Le monde de Nilumel 14/04/2009 12:20


Non, non, faut pas Arguer comme ça! Tant que tu ne vois pas écrit le mor ''FIN'' ça continue...