La légende de Yaya (8)

Publié le par Le monde de Nilumel

- 8 -
 
Lodi se précipita vers moi, me poussa vers la paroi où nous fûmes entortillées dans des toiles d'araignées grisâtres et répugnantes. Le coeur battant à se rompre, j'écoutais et j'entendis : au loin, dans l'obscurité du tunnel, un bruissement régulier s'amplifiait, telles les voiles d'un navire battues par les vents. Puis, majestueusement, un immense oiseau orangé muni d'un bec crochu traversa le tunnel dans un bruit effrayant.
- Enfer et damnation!! Je n'aurais jamais cru... rugit Lodi.
- Quoi...Quoi ? marmonnais-je. Qu'est-ce que c'était ?
- Qu'est-ce que c'est? Plutôt. C'est un vampire des profondeurs. Je croyais qu'ils avaient disparu dans des excavations et voilà qu'ils remontent, c'est mauvais signe. Nous sommes en danger, courrons... Vite... Il va revenir et ce coup-ci, il ne nous manquera pas. Il revient... hurla-t-elle.
Lodi et moi, terrorisée, nous nous sommes accrochées l'une à l'autre et recroquevillées dans un recoin du couloir en fermant les yeux.
Soudain, je sentis d'énormes serres qui me ceinturaient le bras et je fus soulevée du sol, toujours suivie de Lodi, prisonnière des griffes crochues. La promenade fut effrayante, nous frôlions les parois à une allure vertigineuse, assourdies par de grands claquements d'ailes. Sur ma nuque, le souffle rauque et profond de la bête ronflait comme une forge. Puis, brusquement, la bête s'immobilisa, étendit ses grandes ailes orangées et voici que nous descendions, planant en spirale dans une excavation. L'atterrissage fut brutal, mais nous étions indemnes et tellement choquées que nous en avions oublié de crier ou de pleurer. Le monstre s'éloignait déjà.


- Ouf ! Nous avons eu de la chance! dit Lodi.
- DE LA CHANCE ? hurlais-je car je commençais à en avoir assez de mon aventure, tu appelles ça DE LA CHANCE ? Mais nous sommes au fond d'un trou, sans espoir de nous évader et nous allons servir de biscuit d'apéritif à un animal préhistorique et tu dis que nous avons DE LA CHANCE ! On est fait comme des rats.
Lodi soupira
- Je te prierais d'employer d'autres expressions "Fait comme des rats", c'est très vulgaire. En effet, nous sommes au fond d'un puits. Avant, quand il n'y avait pas l'eau courante, l'alimentation en eau des maisons de Marseille se faisait par des puits qui aboutissaient dans les cuisines. Nous avons eu de la chance que le puits soit tari, sinon à cette heure, nous serions noyées toutes les deux. Nous avons eu de la chance que le vampire n'ait pas faim, sinon il ne resterait plus le moindre petit lambeau de ta jolie peau rose et tu as de la chance de m'avoir car je sais comment sortir d'ici.
- AH ? dis-je intéressée. Et comment ?
- Tu vas voir.
Lodi se mit à moduler des sons très aigus qui me perçaient les oreilles En peu de temps, nous fûmes entourées de petits volatiles qui virevoltaient autour de nous.
- Oh non! m'écriais-je, en reconnaissant les ailes dentelées. Des chauves-souris, le cauchemar continue...
- N'aie pas peur, les rats ont passé un accord avec les chauves-souris, ce sont nos alliés, elles sont là pour nous aider. Ne dis rien, ne fais rien, reste calme, laisse les agir et tout ira bien.
 
Du calme, il m'en a fallu beaucoup pour maîtriser ma répugnance quand les petites bêtes se sont posées sur ma tête et sur mes épaules et, en joignant leurs palpitations d'ailes, me soulevèrent péniblement du sol. L'ascension fut lente et saccadée, je sentais les petits animaux exténués, à court de souffle et pourtant ils ne lâchaient pas leur fardeau et le remontaient péniblement, mètre après mètre.
Juste au-dessus de moi se trouvait l'entrée d'une excavation, nous y étions presque, quand soudain, l'horrible froissement d'ailes se fit de nouveau entendre. Le vampire orange venait surveiller ses proies et ne les laisserait pas échapper si facilement.
Ce fut la panique. Les chauves-souris se mirent à émettre leur cri stridulant et dans un sursaut de courage, leur dernier effort me transporta sur le rebord du trou.
Je retrouvais Lodi en équilibre sur un escarpement. Nous tremblions de tous nos membres alors que le monstre nous attaquait.
- Mais défendez-vous, bon sang! dit une voix rauque derrière nous. Un garçon de mon âge vient se planter près de moi et me glissa dans les mains une torche enflammée.
Trois contre ce monstre, nous nous battions avec vaillance.
A chaque attaque du vampire, nous réunissions nos efforts pour le repousser, le blesser, lui faire lâcher prise... Avec ma torche, j'essayais de le brûler à la tête, au cou, à la poitrine. Lodi, qui avait ramassé une tige de fer, essayait de le piquer aux pattes et au ventre. Le garçon avait sorti un long canif, et tailladait dans les ailles. Le bec crochu frôlait nos cheveux, les serres griffues battaient l'air près de nos bras et de nos jambes. A tout moment, nous risquions de nous faire lacérer, déchiqueter...Puis soudain, la bête poussa un grand cri de détresse.
- Je l'ai eu, cria le garçon.
Les attaques de l'animal étaient désormais moins féroces.
Nos coups portaient à chaque fois et bientôt le monstre abandonna la partie et s'enfuit se réfugier dans les profondeurs.
- Avec ce qu'on lui a mis, il n'est pas prêt de revenir de sitôt, dit l'enfant en rangeant le couteau à coté de sa flûte.
 
* * *

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Malek Hamadou 11/03/2011 15:18


Quelle aventure et quel combat ? Et une rencontre pour le moins intéressante avec ce jeune garçon ! J'ai passé un moment de lecture très sympathique. J'ai bien aimé l'oiseau, le puits,
l'intervention des chauves souris et l'arrivée du garçonnet...


Le monde de Nilumel 06/04/2011 11:09



haaa! pour une fois que je mets en scène un combat et que tu l'apprécies, j'en suis ravie!